Si bien que pour finir, la religion a une influence décisive sur les mœurs américaines, mais le pouvoir de la religion est devenu le pouvoir que la société exerce sur elle-même par le moyen de la religion. Or, on l’a vu plus haut, en démocratie, l’idée d’influence individuelle n’est pas tolérée. On doit renoncer à le faire comprendre aux âmes médiocres qui ne l'ont jamais ressenti.»Cette liberté politique, dont la présence ou l'absence a une si grande importance pour le destin général des sociétés, a ainsi sa source dans une expérience inanalysable et incommunicable de certains hommes, dans un don fait directement par la nature, par Dieu à certains hommes. Aux yeux de Tocqueville, la démocratie américaine est une démocratie modérée et libre, c’est-à-dire une pure démocratie. En revanche, le besoin d’une religion est inscrit dans la nature de l’homme. Chez les modernes, elle est l’usage d’un droit commun. La tyrannie de la majorité selon Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, 7, Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de … Ainsi, lorsque les hommes en proie à l'idée démocratique sont tenus ensemble par un Etat déjà là, d'autre origine, comme c'est le cas en France, ils s'accommodent fort bien de cette situation, car l'idée qu'ils se font de leur condition est essentiellement apolitique, et, pour autant, antipolitique. Or l’égalité telle que se la représente l’homme démocratique est une abstraction, c’est la raison pour laquelle elle est illimitée. Par la suite, cette «fondation puritaine» s’est combinée avec l’esprit de la liberté qui lui est tout contraire. En démocratie, la richesse est tolérée mais elle doit rester une affaire strictement privée et ne garantir en aucun cas à ceux qui la possèdent une position sociale reconnue et influente.Les conceptions de la liberté sont également opposées. La noblesse perd progressivement son pouvoir politique et son ascendant moral. La démocratie a besoin de règles modératrices et de modérateurs. Et pourtant, si les conditions se rapprochent, les personnes s’éloignent. Nous avons acquis la liberté de devenir. De cet «état social» résulte évidemment un régime politique, celui dans lequel le peuple est souverain … Tocqueville affirme aussi que le principe de la souveraineté du peuple est le principe «générateur» de la démocratie américaine. «Ce qui rend les lois américaines si redoutables naît, j’oserais le dire, de leur douceur même» (I, p 111). Il existe un franc décalage entre le prestige de son œuvre et l’empreinte réelle, ou l’attrait, de sa pensée. L’important est d’avoir une opinion, quelle que soit cette opinion…D’un autre côté, l’homme démocratique est porté au doute puisqu’il ne peut s’incliner devant aucune autorité intellectuelle ou morale. Publié en 1835, on trouve dans cet ouvrage des réflexions sur la nature et les dangers d’une démocratie, et une comparaison entre les systèmes politiques des … En l’absence d’une aristocratie de naissance, seuls les riches sont capables de former au sein de la société une sorte d’Etat dans l’Etat, ou en tout cas une société particulière soustraite à l’influence de la majorité. 26, Paris, Presses de Sciences Po, 2005, 531 p. La revue Tocqueville, depuis 1979, semestriel (1979-1984, 1992-), biannuel (1985-1991), Tocqueville … Mais d’où la démocratie tirera-t-elle les ressources de raison et de sagesse dont elle a besoin pour se modérer elle-même?Selon Tocqueville, seule la religion peut guider et modérer la démocratie. ... La séparation des pouvoirs selon Montesquieu. «Ils ont prêts à exposer leur vie, pour s’assurer, en un moment, les prix de la victoire»… A propos de la guerre, on observe les étonnants paradoxes de l’homme démocratique, qui ne sait plus que calculer. Et pourtant, elle met en péril la nature de l’homme pour Tocqueville!Elle est naturelle, et les sentiments aristocratiques apparaissent de son point de vue ce qu’ils sont effectivement, le produit de conventions ; les relations entre membres d’une même famille, codifiées et relativement froides, sont purement et simplement des artifices sociaux.Au contraire, dans une société démocratique, les liens entre les membres d’une même famille (le fils tutoie son père!) Ainsi seulement paraît surmontée l'alternative entre les deux formes de liberté, la liberté-privilège de l'aristocratie et la liberté-droit commun de la démocratie. Dans nos sociétés, tous les hommes se tiennent pour semblables, et chacun s’identifie immédiatement à chacun: « en vain s’agira-t-il d’étrangers ou d’ennemis : l’imagination les met aussitôt à leur place». (II, p 109)La liberté constitue pourtant en même temps le remède à ces maux que l’égalité engendre. Penser comme les autres, toute légitimité se trouvant par hypothèse dans le nombre, est donc l’horizon de toutes les démarches individuelles.Finalement, Tocqueville démontre que le présupposé ultime de l’idée majoritaire est que «le plus juste est dans le plus fort» (le plus grand nombre). Toutefois ce qui intéresse Tocqueville est l’homme démocratique, et le portrait de l’homme aristocratique n’est brossé que pour servir de toile de fond à celui de l’homme démocratique.Il ne s’agit pas d’une opposition entre deux époques, l’une étant dépassée (la période aristocratique) mais d’une opposition qui reste active au sein même du régime dominé par les valeurs de la démocratie.On sait que rien, dans une démocratie, ne doit échapper au pouvoir de la société sur elle-même («pouvoir social»). Cependant cette idée fausse a produit des effets positifs voire extraordinaires : elle a stimulé les plus grands peuples, et elle a aussi conduit les peuples soumis à voir dans l’obéissance une vertu.Au contraire, la liberté démocratique est une idée juste qui peut avoir de mauvaises conséquences : les hommes libres sont des hommes séparés les uns des autres. C’est-à-dire à l’opinion commune, puisque tout autre opinion a perdu toute créance, tout titre d’autorité.Le résultat est la soumission de tous… à tous! En Amérique, la Providence est généreuse et maternelle, alors qu’en Europe la Providence, ou nécessité telle qu’elle fut portée par l’Histoire, a débouché sur la Terreur. L’idée de respecter ceux qui incarnent le mieux «lumières et vertu» est exclue. Moyennant quoi, la religion doit admettre, pour subsister et exister sainement, son entière dépendance par rapport à l’ordre démocratique.La séparation du religieux et du politique n’est pour finir que l’instrument de l’harmonisation du religieux avec la politique démocratique. La médiocrité est l’adjectif qui caractérise le mieux la démocratie. Tocqueville montre que l’avènement de la démocratie ne constitue pas une rupture avec l’Ancien Régime. Ils sont donc faibles. En démocratie, en effet, de nouvelles inégalités apparaissent sans cesse : la science industrielle «élève sans cesse les maîtres» et abaisse les ouvriers, de plus en plus démunis face aux défis du monde contemporain.Toutefois, les nouveaux riches ne sont pas l’équivalent des aristocrates de l’ancien régime. Or, un livre de Michel Onfray « Tocqueville et les apaches » – pour ceux qui n’ont pas le temps de lire toutes les œuvres du quidam – nous éclaire sur les vues de … Au contraire les idées générales de bien et de mal ne suscitent pas de véritables passions ni n’appellent le sacrifice de sa personne ; l’honneur qui porte sans doute sur des valeurs plus universelles, perd graduellement de sa force. Par l’érosion constante du pouvoir de l’aristocratie ; ce sont d’abord les paysans qui ont cessé d’être les sujets des seigneurs, tout en subissant toujours leur oppression. D'une part la liberté politique est la chose la plus indispensable aux hommes s'ils veulent mener une vie pleinement humaine puisqu'elle «crée la lumière qui permet de voir et de juger les vices et les vertus des hommes» ; d'autre part, la présence de cette composante essentielle de la vie humaine n'est ni assurée (on ne trouve pas l'amour de la liberté dans tous les hommes, loin s'en faut) ni susceptible d'être produite à volonté par les hommes (sa seule source est dans la nature). (La désignation de représentants par tirage au sort, la consultation des citoyens par référendum et l’autogestion en matière économique constituent des pratiques courantes de … Celle-ci est la source du pouvoir législatif, qui s’exerce par le biais de représentants élus et renouvelés fréquemment. La seule passion démocratique qui fait l’unanimité est la passion du bien-être matériel. Les progrès de la démocratie n’y font qu’un avec l’érosion des influences individuelles.Est-ce encore une société cette collectivité dans laquelle personne ne dépend plus de personne ni ne reconnaît plus l’autorité de personne? Tocqueville définit la démocratie non point comme une forme de gouvernement mais comme un état social caractérisé par " l'égalité des conditions". Ces différences, aussi considérables soient-elles, servent cependant à mettre en valeur le «Même», c’est-à-dire ce que la démocratie américaine et la démocratie européenne ont en commun, à savoir l’égalité des conditions.L’égalisation des conditions est à la fois le fil conducteur de l’histoire européenne et le fait générateur de la République américaine, fille de l’Europe. Chez les anciens, la liberté est l’usage d’un privilège. «Le despotisme, qui est dangereux dans tous les temps, est donc particulièrement à craindre dans les siècles démocratiques». Et la contrainte exercée sur les individus est plus grande que nulle part ailleurs. La révolution politique était à la fois universelle et anti-religieuse) De telle sorte que la Révolution elle-même est devenue «une nouvelle religion, religion imparfaite». Sinon, elle risque de provoquer des heurts violents entre les membres de la société (sa famille a payé un lourd tribut à la Révolution française). De sorte que «l’on voit les Américains changer constamment de route de peur de manquer le plus court chemin qui doit les conduire au bonheur». Pour exercer vos droits, contactez-nous. Mais cette disposition compatissante comporte ses limites, car c’est ce n’est que ce qui est semblable à moi que je vise chez l’autre.Chez les aristocrates, la compassion ne concerne que ceux auxquels on se trouve lié par le contexte social et politique (famille, serviteurs, classe sociale). Elle est à la fois son dehors et sa limite. Il constitue le troisième pouvoir générateur de la démocratie.Egalité des conditions, souveraineté du peuple et opinion publique toute puissante sont les «trois principes générateurs « de la démocratie. Dans une société qui se veut égalitaire, la conscience des inégalités est très forte. En revanche les gouvernements doivent s’employer à la limiter pour l’empêcher de déshumaniser l’homme en proscrivant toute forme résiduelle d’inégalité. Le tiers état dans son ensemble s’est enrichi et s’est cultivé, jusqu’à dépasser la noblesse parfois.